Rencontre avec Emelie Schepp...

Publié le par Chloé.N

Emelie Schepp (©) - Marquée à vie - HarperCollins NoirEmelie Schepp… son nom ne vous dit probablement pas grand chose mais chez elle, la nouvelle reine du polar suédois a déjà été sacrée Auteur de l'année au Festival de thrillers de Gotland.

 

Avec “Marquée à vie”, son premier roman paru chez HarperCollins, l’auteure met en scène une procureure au passé trouble, pour qui foi ne rime pas toujours avec loi.

 

Marquée à vie - Emelie Schepp - HarperCollins Noir - 2017

Pour son premier passage en France, c’est dans une ambiance tamisée au sous-sol d’un café parisien qu’Emelie Schepp nous donne rendez-vous, et nous dit tout sur son parcours.

 

Tout commence…

quand Emelie Schepp encore chef de produit dans la publicité, et qui écrit également des articles mais se retrouve vite limitée dans le format de ses papiers, se lance dans l’écriture de deux scénarios de films qu’elle envoie à des maisons de production. Projet vite avorté quand elle se rend compte que le financement va poser problème.

Qu’à ne cela tienne ! Elle transfère son idée d’écriture dans celui d’un livre.

 

Employée à plein temps, cette maman de deux enfants, se lève à 4 heures du matin pour écrire et reprend le clavier à 20 heures quand ses petits sont couchés. Au bout de 6 mois, le manuscrit est prêt. Emelie l’envoie aux maisons d’édition.

 

Deux semaines plus tard, elle reçoit un coup de fil de son mari : une enveloppe d’une grande maison d’édition vient d’arriver. Son mari a dû mal à contenir son enthousiasme, Emelie, elle, est plus modérée. Une réponse qui arrive aussi rapidement n’est pas bon signe. Et elle a raison. La réponse est négative.

Au bout des trois mois d’attente recommandés par les maisons d’édition suédoises, Emelie relance. Toujours la même réponse : pas le temps, pas lu. Alors que d’autres se sentiraient démotivé(e)s, Emelie n’en démord pas. A cette époque, seul son mari croit en elle, et Emelie croit en son histoire et en son personnage principal. Trois mois plus tard, Emelie revient à la charge et encore la même rengaine. C’est alors qu’elle réplique : “Jetez-le, je vais me débrouiller toute seule !

 

L’aventure auto-édition…

Le couple Schepp issu du milieu de la publicité ne connaît rien au monde de l’édition. Ils apprennent tout de A à Z et se rendent compte que tout est question de marketing, que ce soit en édition traditionnelle qu’en auto-édition. Il va falloir consacrer plus de temps et travailler dur sur les réseaux sociaux.

 

Emelie a une idée très précise de ce qu’elle veut : elle souhaite que son histoire soit éditée comme un livre issu d’une maison d’édition traditionnelle. Elle engage alors un éditeur, un graphiste, un correcteur. Elle bénéficie également d’une bourse pour l’édition de son ouvrage, à condition d’en commander moins de 5000. Elle en demande 4 999, qu’elle écoule en démarchant dans les points de vente traditionnels en seulement… un mois !

Alors que les ventes (suédoises) en auto-édition se situent aux alentours des 16 000 exemplaires en deux ans, Emelie dément les chiffres et explose le record avec 40 000 exemplaires vendus à ce jour.

 

Quand ses ventes en auto-édition commencent à faiblir, devinez quoi ?? Son téléphone se met à sonner. Les éditeurs sont (enfin) intéressés et Emelie signe un contrat chez l’éditeur HarperCollins. Une nouvelle couverture et quelques modifications plus tard, “Marquée à vie” connaît un nouveau rebond.

En Suède, on parle de “Phénomène Schepp”. Aujourd’hui “Marquée à vie” s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires, et est présent dans plus de 29 pays ; et l’auteure a été récompensée en recevant le prix de l’Auteur de l’année (2016) au Festival de thrillers de Gotland en Suède.

 

L’inspiration et l’écriture…

Sans le savoir à l’époque, l’auteure va toucher un sujet sensible de l’actualité. C’est après un article sur les enfants soldats et un reportage télé sur l’accident d’un camion transportant des familles de migrants que “Marquée à vie” prend réellement forme.

En effet, si Emelie Schepp s’inspire toujours d’un fait réel, c'est sa part d’imagination qui prend le relais, une façon pour elle d’exprimer son point de vue sur les crimes. Et toujours deux histoires en parallèle dans un seul roman.

Et l'auteure ne laisse pour autant aucun détail de côté. Un gros travail de recherches vient renforcer la crédibilité de ses romans. Que ce soit pour les décors, les méthodes pratiquées par la police ou dans le milieu paramédical (là, je vous donne un indice sur le thème d’un prochain roman).

Elle confie que lorsqu’elle écrit, elle visualise systématiquement ses scènes comme dans un film. D'ailleurs, l’auteure est consommatrice de séries, de films, de reportages traitant de crimes, des thrillers, et lit et écoute beaucoup de livres audio en voiture.

 

Quand on lui demande d’où vient le succès des auteurs suédois, elle répond avec une pointe d’humour que cela doit probablement venir du fait qu’en Suède les hivers sont sans fins, longs et froids. Mais peut-être aussi que ces mêmes auteurs mélangent crimes et quotidien...

 

Aujourd’hui, Emelie Schepp se consacre à plein temps à l’écriture et bien qu’elle ne se lève plus à 4 heures pour écrire, c’est bel et bien le matin qu’elle retrouve ses personnages.

Elle s’apprête par ailleurs à sortir son quatrième roman en août prochain. Pour les lecteurs français, il va falloir s’armer de patience... Le tome 2 des aventures de la procureure Jana Berzelius n’est pas programmé avant plusieurs mois.


Si Emelie Schepp est disciplinée dans la conception de ses romans, elle met un point d’honneur à s’accorder chaque jour une pause, en compagnie de son mari Henrik, où le couple va courir dans la forêt et parle de tout. L’occasion pour le couple de discuter également de longueur de lame de couteau ou de coups portés à tel ou tel endroit du corps, en bref de mettre au point les détails du prochain crime littéraire de Madame.

 

Un de ses rêves : se poser un soir dans son canapé et voir ses personnages prendre vie dans une série sur Netflix. Et si Hollywood l’appelle ? Bien évidemment qu'elle ne dit pas non, même si elle sait que c’est très, très difficile.

 

 

Le mot de la fin...

Croire en son personnage principal, en son histoire, travailler dur, avoir une persévérance sans faille, c’est la méthode d'Emelie Schepp. Mais l’auteure reste toutefois lucide. Elle n’oublie pas que tout ce qui lui arrive, c’est aussi et surtout grâce aux lecteurs qui ont répondu présent.

Retrouvez la chronique de “Marquée à vie

 

Rencontre du 24 mars 2017.

 

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